Exposition "La belle et la bête"

Peintures de Matthieu Kuhn


Exposition Peintures de Matthieu Kuhn
L'Espace Pictomos accueille les travaux de l'artiste Maththieu Kuhn. 
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Informations:
Exposition du 15 au 18 avril 2010
Vernissage Jeudi 15 avril à 19h
horaires (samedi et dimanche) de 14h à 19h
 
le pictomos de l'artiste:
http://www.matthieukuhn.fr
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Matthieu Kuhn a étudié à l' Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg (1983-88) dans l'atelier dirigé par le peintre Frank Wohlfahrt. Après ces études il voyage, d'abord au Zaïre ou il réalise des portraits africains, puis en Espagne du nord et au Mexique ou pendant quinze ans le paysage devient son sujet principal. En parallèle, dès 1991 son travail connaît un bouleversement, les Energumènes virevoltants deviennent le sujet principal des ses dessins à l 'encre tout comme dans ses peintures à l'huile. En suivent de nombreuses expositions à thèmes ( les acrobates, la tauromachie, les pistoleros, les cavaliers ) En France, en Espagne, au Mexique, au Canada, au Japon, aux Etats Unis d'Amérique, en Allemagne. Aujourd'hui il vit et travaille entre le Mexique et la Corse.
 
Les Energumènes de Matthieu Kuhn.
par Jean-Yves Masson
 
Comment parler de l'art de Matthieu Kuhn ? Il frappe, au premier regard, par la fermeté mais aussi la violence de son propos. La leçon de l 'expressionnisme allemand semble ici comme retrouvée, réinventée de l 'intérieur. Des corps noués, des visages que souvent l'on dirait souffrants, parfois apeurés ou hurlants, et tout ce fracas de la chair que la peinture, depuis longtemps, n' a pas su nous dire avec cette franchise qui écarte d'emblée l' esthétisme et une sûreté d' accents proprement visionnaire. Matthieu Kuhn retient de la grande peinture classique (Tiepolo, Tintoret, Rubens ) le pouvoir constructeur du regard, la science des architectures, et du surréalisme la forme obsessionnelle de l 'image dont les sources puisent au plus profond de l 'inconscient. Violente, l' image s 'inscrit immédiatement dans l oeil du spectateur et ne le quitte plus. Fermez les yeux, et le tableau s'inscrit en vous ; si dérangeant qu 'ait été le premier regard, il persiste quoique vous fassiez, et c 'est le premier signe de sa force. Mais que dit-il vraiment ?

Le second regard, une fois passée la surprise, ne dément pas le premier, mais se porte sur les détails, et il aperçoit une tendresse d'abord insoupçonnée, il remarque une chaleur, une fraternité entre ces visages, que la décision d 'écarter tout réalisme rend d' autant plus frappante. C'est que ces corps qui se font signe ( et se font signe ), qui se soutiennent à tous les sens du terme et se prennent en charge,( ...) , sont vus dans leur nudité sans aucun voyeurisme, sans aucune impudeur, et flottent dans un espace unifié. Leur pesanteur évidente, leur lourdeur qui dit quelle difficulté ils ont à vivre, à agir, à maintenir contre le monde le fragile réseau de signes qu'ils construisent (...), peut avoir pour contrepartie, et c'est le cas de ces énergumènes qui s'activent devant nous, une légèreté de séraphins. (...) Non, ce n 'est pas ici la chute des damnés, malgré la souffrance de certains corps, malgré le démon qui les hante. Ce que dit la peinture, avec une sorte de joie qui se communique peu à peu au regard - une joie grave bien différente de la gaieté ou de l'ironie réticente - c 'est au contraire un mouvement d 'ascension permanente, une tendance à l 'envol, une apesanteur de ces chairs pesantes, une grâce qui leur vient d'en haut, c' est-à-dire peut-être, pour un peintre, de la couleur.

(...) C'est dire qu'ils ont beaucoup à nous apprendre, ces personnages violents et tendres, ces nouveaux anges, ces messagers solaires, dans leur anonymat silencieux. Beaucoup à nous dire sur nous-même, puisqu'aussi bien , nous dit Matthieu Kuhn, ils mettent en question notre affairement, nos tâches. Leur vitalité nous gagne et nous oblige, fait de nous leurs obligés. Mais à partir d' eux, c' est la tâche du peintre qui s'éclaire, s' il est vrai que cette peinture nous dit surtout quelle urgence il y a à réfléchir sur ce qu'engage la communauté humaine, sur ce qu'est cette étrange vocation nôtre d 'être ensemble, sans rien d 'extérieur qui nous justifie, d 'être tour de même nus face à notre destin. 
 
 
 
 
 





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